TFC : Pourquoi cette fois c’est grave ! – Le point avant TFC-Lille (10e journée Ligue 1 2019-2020)

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Deux points pris dans les cinq derniers matchs en ayant joué des équipes largement abordables, un total famélique de neuf unités en neuf rencontres, un style de jeu intermittent, le Toulouse Football Club n’a toujours pas trouvé sa solidité en cette saison 2019-2020. Et après avoir joué avec le feu de la relégation depuis cinq ans, on se demande s’il ne va pas finir par se brûler.

Face à une nouvelle crise de résultats, le TFC ne pouvait plus rester les bras croisés.

Un préalable à l’espoir, pas une fin en soi. Le départ d’Alain Casanova, quatre ans et demi après une première séparation, ouvre une opportunité de renouveau. Sans constituer la moindre révolution si l’on en croit les choix opérés depuis par le club. Durant cette coupure internationale, un autre club français, a priori aux antipodes du TFC, a couru après le mythe de l’entraîneur idéal pour sauver une embarcation en péril. Si les rumeurs de noms clinquants (Mourinho, Blanc) étaient de mise du côté de l’Olympique Lyonnais, la fin de la quête a sonné comme un retour à la cruelle réalité du village Ligue 1. Lorsque le TFC prend Antoine Kombouaré sur le banc, il va au plus accessible sur le marché, de même que l’arrivée de Rudi Garcia à L’OL apparaît comme le standing minimal par rapport à son statut. Deux solutions « providentielles » semblant davantage subies que choisies. Aux deux techniciens de faire mentir ces premières impressions, de recréer la ferveur d’un public en proie à l’impatience…

Pas de recrutement « exotique » à déplorer

L’ancien coach de Dijon débutera son expérience toulousaine avec quelques certitudes, à commencer par des joueurs qu’il a pu diriger ou connaître durant sa dernière décennie d’activité sur les bancs de France (Paris SG, Lens, Guingamp, Dijon). Qu’aurait-il dit s’il avait dû passer derrière Casanova premier cycle au printemps 2015 ? Lui dont la nonchalance et le détachement vis-à-vis du championnat ont étonné les suiveurs du TFC (voir ses premières conférences de presse) n’aura pas à déplorer la qualité indigne de l’effectif dont il hérite. Car on peut parler d’une phase III dans la politique d’Olivier Sadran depuis le maintien « Dupraz » de 2016, et plus encore lors des deux derniers mercatos. La priorité n’est plus aux paris douteux de joueurs de l’est inconnus (Veskovac, Grigore, Pesic, Roman, Ninov, Spajic, Furman) qui ont pu expliquer certaines crises passées, la cellule se concentre désormais sur les footballeurs aguerris de L1 (Toivonen, Delort, Gradel, Vainqueur), des talents émergents (Jullien Jean, Reynet, Dossevi, Makengo, Said) ou des internationaux avec un CV respectable (Durmaz, Koulouris). Autrement dit, le club est armé sur le papier pour redevenir le « roi du ventre mou » qu’il fut entre 2004 et 2014 (avec les épisodes « heureux » de 2007 et 2009 au milieu). Le problème de stagnation sportive voire de sclérose générale du club est donc à aller chercher ailleurs que dans le bagage global de l’effectif.

Koulouris, rare éclaircie d’un derby de la Garonne noir à tout point de vue.

Reynet, Koulouris, un top à chaque extrémité du terrain

Max-Alain Gradel porte sur lui les stigmates de la lutte frustrante menée depuis trois saisons face à cette force d’inertie qui plombe l’environnement violet. Le capitaine du navire a beau resté vaillant, sa patience vacille face au manque d’activité autour de lui. Et ses statistiques sont en chute libre en comparaison de son début de saison 2018-2019. Comme si le cadre toulousain trop confortable pouvait finir par gommer toute la meilleure volonté du monde, était capable de reléguer des ambitions légitimes au rang de rêveries insensées. Même les sept points engrangés lors des quatre premiers matchs (la seule défaite ayant eu lieu à Paris) n’ont pas déclenché d’enthousiasme démesuré et la suite a donné raison aux rabat-joies. Le nul ramené de Geoffroy-Guichard (2-2, 5e journée) constituait avec le recul deux points de perdus plutôt qu’un de pris ! Il suffit de voir le sort réservé à l’entraîneur des Verts Ghislain Printant peu après, sans compter le scénario de la rencontre où les Violets menaient 0-2 et avaient eu l’occasion d’enfoncer le clou. Rien ne laissait prédisposer pour autant aux lamentables prestations collectives à Nîmes (défaite 1-0, 6e journée) et devant Angers au Stadium (0-2, 7e journée), rencontres où les efforts furent aussi désordonnés que dérisoires. Inexplicable au vu de l’ossature de l’effectif conservée à l’intersaison (voir par ailleurs) ! Les entrées en matière des matchs suivants (2-2 à Metz, 1-3 face à Bordeaux) ont confirmé cette identité de jeu lymphatique du TFC dans le premier quart d’heure, voire toute la première mi-temps. Les réactions quasi systématiques des Violets lors de deuxièmes mi-temps décentes sont autant de sources d’incompréhension, de refus d’excuser ce dilettantisme.

Seuls joueurs aux performances constantes dans le marasme général, le gardien Baptiste Reynet, plus affûté et décisif que la saison dernière, et le nouveau numéro neuf Efthymios Koulouris, précieux point d’appui autant que solide exécuteur devant la cage (déjà quatre buts à son actif en sept tirs cadrés). Le meilleur buteur du championnat grec surprend aussi par son abattage, son sens du placement et du sacrifice. Un petit Cavani en herbe, toutes proportions gardées. Quant à l’ancien portier de Dijon, il reconnaît lui-même avoir ressenti un déclic durant l’intersaison. On croit volontiers au bon état d’esprit manifesté dans cette vidéo officielle (datant d’un mois), tout en constatant sa mauvaise lecture du point obtenu à St Etienne, suivie d’une perception erronée quant aux capacités à ramener un résultat de Nîmes.

L’énervement de Gradel, l’éparpillement de Sangaré, le manque de régularité d’Amian

De l’avis général, les nouveaux se sont intégrés rapidement, la seule inconnue restant Agustin Rogel pour cause de blessure dès la première journée de championnat. Les autres se sont fondus dans le collectif, humainement, et surtout sportivement. En milieu relayeur, William Vainqueur souffre encore un peu d’un manque de rythme, et n’a pas eu la chance d’être récompensé de ses multiples efforts offensifs (huit frappes, trois cadrées). Si on doit retenir quelque chose, ce serait plutôt un souci de complémentarité avec Ibrahim Sangaré, comme si aucun plan n’avait été fixé pour se répartir les tâches… L’Ivoirien gagnerait à intégrer la science tactique de son aîné pour modeler son registre de feu follet foutraque. Sans quoi la réjouissance d’avoir conserver dans l’effectif une des valeurs-étendards des deux dernières saisons serait démentie.

On se heurte à la même problématique dans le secteur offensif : le manque de coordination du meneur Max-Alain Gradel avec les éléments l’entourant. Déjà l’an dernier, son alliance avec Mathieu Dossevi avait déçu dans les grandes lignes. Comment deux créatifs, passeurs décisifs confirmés, ont-il pu si peu s’entendre ? L’arrivée d’un autre élément au bagage technique enviable, Wesley Said (plus gros transfert de l’histoire du TFC), laissait croire à un possible soulagement dans les missions incombant jusque là au seul Gradel. Raté, l’ancien Stéphanois continue de se conduire en sauveur ultime, prisonnier de son statut d’« élu » acquis depuis le maintien de 2017-2018. Il n’a pas nourri davantage de complicité avec un Koulouris batailleur, et capable de se créer des occasions tout seul, à l’image de sa frappe audacieuse contre Bordeaux. C’est étonnamment des récentes entrées en jeu du robuste Yaya Sanogo que sont venues les plus grandes sources d’espoirs. Bon joker ou possible titulaire dans un 4-4-2 ?

Le secteur le plus chaotique reste la défense, pas épargnée par les blessures (Rogel, Shoji) mais aussi par les atermoiements d’Alain Casanova. L’ancien coach des Violets n’a pas su tirer les conclusions face aux défaillances chroniques d’Issiaga Sylla, dont l’allant offensif (et les problèmes de repli) se prête plus à un rôle d’ailier que de latéral. Casanova a surtout fini par semer le doute chez Kelvin Amian, tantôt axial tantôt à droite, et pour la première fois en régression depuis trois ans. Peut-être l’avions-nous perçu à tort comme un cadre, alors qu’il est toujours un jeune joueur en construction. Et ce n’est pas la présence d’éléments encore moins expérimentés à ses côtés, Bafodé Diakité ou Steven Moreira, qui est en mesure de lui donner des repères. L’arrivée tardive de l’ancien Monégasque Nicolas Isimat-Marin est censée palier cette absence de stabilité. Un pari risqué concernant un joueur sortant d’une saison bancale entre PSV Eindhoven et Besiktas Istanbul.

La part d’influence d’Antoine Kombouaré ne sera pas négligeable pour créer une synergie entre ces différents talents, présumés ou avérés, et nous devrions la mesurer dès les premières rencontres. Étant donné le calendrier délicat qui se profile d’ici la prochaine coupure internationale (réception de Lille, déplacements à Rennes puis à Niort en Coupe de la Ligue, réception de Lyon et voyage à Montpellier), on comprend que Casque d’Or se soit refusé à un objectif comptable. Plus que les points récoltés face à quatre équipes qui lui sont a priori supérieures, le baromètre se situera dans l’implication et l’organisation collective. L’annonce d’un bon vieux 4-4-2 des familles présente déjà un aspect sécurisant face aux errements constatés dans l’animation du 4-3-3 casanovien.

De Kombouaré, on attend le côté tacticien avant celui de meneur d’hommes.

Et le groupe Élite dans tout ça ?

La liste des hommes choisis par Antoine Kombouaré pour confronter le LOSC est tombée. Elle ne comporte pas plus d’éléments « pitchouns » du groupe dit « Élite » que celles de Casanova les neuf journées précédentes. Et même plutôt moins à y regarder de près. La communication autour de cette pseudo-révolution synthétise au mieux le manque de coordination/connivence entre le secteur sportif et la direction du club. C’était la carte dans la manche du président Sadran en fin de saison dernière, la promesse de lendemains qui chantent et d’une politique plus axée sur la formation. Il justifiait ce choix – à raison – par la déception continue des résultats en dépit d’un recrutement plus onéreux depuis trois saisons.

Discours venant se heurter dès l’été suivant à l’achat au prix fort d’un Wesley Said, rendu possible par la belle vente de Christopher Jullien au Celtic Glasgow. Autrement dit, le club allait continuer de vivoter au gré des plus-values réalisées sur ses rares éléments bancables, comme la plupart des clubs moyens de L1. On est loin du renforcement de l’identité locale idéalisée ! Comment prétendre aligner davantage de jeunes de la réserve tout en conservant son meilleur élément de chaque ligne (Reynet, Amian, Sangaré, Gradel) et en recrutant des titulaires en puissance (Makengo, Vainqueur, Koulouris voire Said) ?

Nous ne sommes qu’au quart de la saison, nul doute que de nouveaux Lafont, Diop ou Diakité finiront par émerger d’ici le mois de mai, ce sera ni plus ni moins que le quota de pitchouns des années précédentes. Ni plus ni moins ce qui arrive dans l’ensemble des clubs français jouant dans la même cour que le TFC…

Les groupes pour TFC-Lille

TFC

Gardiens : Goicoechea, Reynet.

Défenseurs : Amian, Diakité, Gonvalves, Isimat-Mirin, S.Moreira, Sylla.

Milieux : Boisgard, Dossevi, Gradel, Makengo, Sangaré, Vainqueur.

Attaquants : Koulouris, Leya Iseka Said, Sanogo.

Lille

Gardiens : Jardim, Maignan

Défenseurs : Bradaric, Djalo, Fonte, Gabriel, Pied, Reinildo, Soumaoro

Milieux : Ikoné, Maya, Soumaré, Xeka, Yazici

Attaquants : Araujo, Bamba, Osimhen, Ouattara, L.Rémy

Calendrier du TFC jusqu’à la fin de l’année civile

Ligue 1 J10 (19/10) TFC-Lille

Ligue 1 J11 (27/10) Rennes-TFC

Coupe de la Ligue 1/16 (30/10) Niort-TFC

Ligue 1 J12 (02/11) TFC-Lyon

Ligue 1 J13 (10/11) Montpellier-TFC

Ligue 1 J14 (23/11) TFC-Marseille

Ligue 1 J15 (30/11) Nantes-TFC

Ligue 1 J16 (04/12) TFC-Monaco

Ligue 1 J17 (07/12) Strasbourg-TFC

Ligue 1 J18 (14/12) TFC-Reims

Coupe de la Ligue éventuel 1/8 (17/12 ou 18/12)

Ligue 1 J19 (21/12) Nice-TFC

Conférence de presse d’avant-match d’Antoine Kombouaré