Critique de Trois jours et une vie de Nicolas Boukhrief

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-Trois jours et une vie de Nicolas Boukhrief, avec Pablo Pauly, Sandrine Bonnaire, Charles Berling… (France ; sorti le 18 septembre 2019) ***

1999 – Olloy – Les Ardennes belges. Un enfant vient de disparaître. La suspicion qui touche tour à tour plusieurs villageois porte rapidement la communauté à incandescence. Mais un événement inattendu et dévastateur va soudain venir redistribuer les cartes du destin…

Comment partir d’un fond scénaristique mince pour créer une œuvre ample, forte, dérangeante. Cinéaste courageux, Nicolas Boukhrief semble connaître la formule depuis Le convoyeur ou le visionnaire Made in France. On peut déjà partir d’un bon a priori lorsqu’il s’appuie sur une historie du romancier à succès Pierre Lemaître. Cela démarre autour d’un fait divers tragique survenu dans un village. Loin de se limiter à une querelle d’enfants qui tourne mal, le film propose une plongée, d’abord troublante, puis perverse, dans le cerveau d’un assassin. Et nous laisse impuissant face aux ressorts dont il use pour passer à travers les mailles du filet, quand ce ne sont pas des éléments extérieurs qui viennent à son secours. Nous sommes face à un récit implacable, un véritable polar dont les enjeux s’épaississent, rebondissent aux moments où on croyait la résolution venue.

Pablo Pauly (Antoine Courtin), Philippe Torreton (docteur Dieulafoy)

Le film se décompose en deux parties distinctes, les jours suivants le drame et les comportements en découlant quinze ans plus tard. On reprochera une inégalité certaine, la première phase traînant beaucoup trop en longueur, d’autant que l’interprétation de l’adolescent manque de maîtrise. En revanche, Pablo Pauly (découvert dans Patients) crève l’écran dans le deuxième temps, diffuse parfaitement l’angoisse sourde du personnage, nous implique dans un forfait qui nous était étranger jusque là. Bien aidé par des acteurs secondaires habités (le père en deuil Charles Berling, la mère protectrice Sandrine Bonnaire, le docteur malicieux Philippe Torreton), l’intrigue parvient à aller au-delà du canevas originelle. Elle se permet même d’offrir des imbrications amoureuses, aussi soudaines que cohérentes au final. Le climat clair/obscur de ce village, l’esprit de communauté menaçant de voler en éclat, l’enfance brisée : autant d’aspects parfaitement retranscrit par la mise en scène sobre mais vive de Boukhrief. On peut y percevoir la métaphore religieuse à plusieurs reprises, le besoin de rédemption, de vaincre une culpabilité rongeante. À ce titre, la fin divisera selon l’interprétation qu’on choisira de lui donner. Assurément l’un des films français les plus noirs et ambigus de cette décennie.

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