OUI/NON ÉPISODE 6 : GREG HARDY, LE BUZZ GAGNANT ? (ACTUMMA)

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Il faudrait sans doute remonter à Brock Lesnar, entre 2008 et 2010, pour trouver un buzz équivalent en provenance d’un fighter issu d’un autre milieu. En l’espace de sept combats pros, dont déjà quatre à l’UFC, l’ancien footballeur (US) Greg Hardy a soulevé autant d’enthousiasme que de controverses. La « stratégie » de la polémique permanente lui profite-t-elle au final ? Trois raisons de répondre par l’affirmative, trois autres de défendre l’inverse.

OUI : Une curiosité renforcée, une histoire à raconter

Plus de 500 fighters sous contrat, et presque autant de profils proches et interchangeables dans l’esprit du public. Difficile de s’attacher aux individus quand vous ne les voyez qu’une ou deux fois par an en général. Trois pour les plus réguliers, quatre ou cinq pour les passionnés insatiables à la Donald Cerrone ou Sam Alvey.

Et tout aussi difficile de les distinguer de la masse quand ils se contentent de venir combattre, tenir un discours convenu au micro de Joe Rogan, et repartir dans l’anonymat du gym. Avec le parcours atypique de Hardy, provocateur/blagueur/gaffeur/destructeur (aucune mention à rayer), l’UFC possède une base hyper intéressante pour raconter une histoire. On est bien loin du « Coming up next » répétitif et des présentations lambdas entre chaque combat.

OUI : Son remplacement de Junior Dos Santos à l’UFC Moscou

Qui aurait pu croire que la bourde de l’inhalateur (utilisé juste avant le démarrage de la 3e reprise face à Ben Sosoli) allait non seulement débouché sur aucune suspension, mais être suivie d’une promotion pour le co main event de l’UFC Fight Night de Moscou ? Ce qui devait être initialement un duel entre deux tops 10 installés, l’ancien roi des poids lourds Junior Dos Santos (actuel #4) et son équivalent au Bellator Alexander Volkov (classé #7), se transforme en un gros coup d’accélérateur pour la carrière du hors top Greg Hardy.

Jusqu’ici aucun nom ronflant au tableau de chasse de l’ex-joueur de NFL, et aucune prestation suffisamment marquante (malgré cinq KO/TKO obtenus au 1er round) pour justifier son élévation. Il aurait suffi d’éplucher le top 15 de la division pour trouver des candidats faisant sens pour palier le forfait de JDS. Bien sûr Hardy a eu pour lui le cran de se déclarer vite, mais on ne peut ôter la part de son omniprésence médiatique dans la validation par l’UFC.

OUI : La controverse, meilleure alliée de la notoriété !

Conor McGregor avant lui, Chael Sonnen un peu plus tôt encore, sans oublier bien sûr Brock Lesnar et au-dessus de tous « l’original one » en matière de MMA, Tito Ortiz. On se souvient comment et pourquoi The Huntington Beach Bad Boy est devenu la tête de gondole de l’entreprise. Tout se passe au début des années 2000, alors que Zuffa vient de racheter l’UFC à SEG. Ortiz était un champion mi-lourds à mille lieux des qualités requises pour avoir ce statut de nos jours.

Il était surtout le petit protégé de Dana White, lui proposant des challengers de complaisance (Yuki Kondo, Elvis Sinosic, Vladimir Matyuchenko, Evan Tanner, Ken Shamrock) quand dans le même temps le ferrailleur Chuck Liddell se coltinait les « vrais » cracks de la catégorie (Jeff Monson, Kevin Randleman, Murilo Bustamante, Vitor Belfort, Renato Sobral). Perçu – à juste titre – comme davantage bankable que The Iceman, Tito a perduré plus longtemps que la stricte logique sportive l’aurait voulu.

Sans présumer des performances futures et du potentiel de Greg Hardy, il s’est inscrit dans une dynamique similaire depuis ses débuts UFC. On se souvient davantage de sa disqualification sauvage contre Allen Crowder que de n’importe lequel de ses KO retentissants. On citera sans doute l’épisode de l’inhalateur dans le bêtisier de l’année UFC 2019, et malgré l’attrait peu flatteur de la chose, cela grave le nom de l’auteur de la méprise dans toutes les mémoires.

NON : Un statut de star acquis à la NFL

Greg Hardy est fidèle à lui-même, porté par une façon de fonctionner, un goût pour une certaine violence verbale et physique. Il en avait d’ailleurs déjà payé les pots cassés durant sa carrière de footballeur US. Aussi, son statut de célébrité, aux yeux du public américain, était établi avant même de fouler la surface d’un Octogone. D’où une logique surexposition par rapport à d’autres combattants débarquant de petites fédérations. Le Bellator avait usé de la même ficelle lors de l’arrivée du vieux Herschel Walker (47 ans alors), ancien fameux joueur de NFL, auteur d’un bref 2-0 en MMA.

Et si la parenté NFL ne lui suffisait pas, Hardy a le mérite de s’être rendu crédible par une régularité rarement vue chez un poids lourds. L’opposition face à Volkov ce soir sera en effet sa 5e apparition à l’UFC en 2019. De quoi mériter de se pencher sur la question de son niveau sportif avant de considérer ses frasques. La même hype aurait entouré l’ancien catcheur CM Punk s’il avait eu le bon goût de réussir sa transition.

NON : Bénéficiaire avant tout du manque de profondeur de sa catégorie

Tout juste trois semaines après l’UFC On ESPN 6 ayant vu le no contest contre Ben Sosoli, Hardy remonte dans l’arène pour croiser le fer avec le #7 de la division. Peut-on parler d’une fleur de l’UFC envers un chouchou ou d’une solution d’urgence gagnant-gagnant ? C’est entendu, il y avait en théorie des fighters mieux classés pour relever le défi Alexander Volkov. Une étude détaillée démontre cependant que les intérêts n’étaient pas convergents ou le calendrier incompatible.

Francis Ngannou (#2) ? Pourquoi aurait-il pris le risque de perdre une place de challenger promise ? Derrick Lewis (#5) ? Programmé à l’UFC 244 une semaine plus tôt (victoire par décision contre Blagoy Ivanov, #10). Alistair Overeem (#6) ? Sagement dans sa préparation pour le main event de l’UFC à Washington début décembre. Shamil Abdurakhimov (#8), Aleksei Oleinik (#11) ou Maurice Greene (#15) ? Mieux classés que Hardy assurément, mais restant sur des défaites !

Le timing ne permettait pas plus d’envisager une nouvelle apparition de Jairzinho Rozenstruik (actuel #14), tout juste une semaine après son clash avec Andrei Arlovksi (dont on pouvait croire qu’il durerait plus de trente secondes). Le Brésilien aura eu l’audace de se proposer lui-même en short notice pour affronter Alistair Overeem, comblant la défection de Walt Harris (#9). L’UFC a accordé la place de main eventer à Rozenstruik, prouvant réagir au nom de la pratique et non du passe-droits.

NON : La thèse de la naïveté ne tiendra pas éternellement

Quand bien même un bad buzz met votre nom sur toutes les lèvres et engrène toute une frange du public souhaitant votre perte, il ne saurait être profitable à moyen terme. Entre sincère maladresse (la bouffée d’inhalateur) et méconnaissance avouée du règlement MMA (le coup de genou illégal infligé à Allen Crowder), Greg Hardy provoque des sourires et demeure du bon côté BMF de la force, pour reprendre un terme d’actualité. Mettons que ses prises de liberté avec le règlement se poursuivent, il ne bénéficierait pas bien longtemps des grâces de l’UFC.

Souvenez-vous Paul Daley et son attaque hors gong sur Josh Koscheck. Malgré des qualités supérieures à bon nombre des poids welters du roster actuel, la star britannique n’a plus été rappelé par la compagnie. Autre exemple d’école : Rousimar Palhares. Ce poids moyens/welters brésilien un peu fou qui s’illustrait notamment par de superbes clés de talons…sauf qu’il avait tendance à maintenir la saisie une fois l’abandon obtenu ! Tomasz Drwal et Mike Pierce furent victimes de son acharnement inexpliqué une fois le stop acquis. Viré par l’UFC aussitôt après sa récidive, Palhares est embauché par le WSOF, où il remporte aussitôt le titre des welters. Lors d’une défense face à Jake Shields à l’été 2015, c’est la rechute ! Cette fois c’est une clé Kimura qu’il refuse de relâcher…nouveau licenciement.

Aux dernières nouvelles, le surnommé Toquinho végéterait dans des organisations russes de seconde zone. Tout cela pour donner une idée des limites du proverbe « Parlez-moi de moi en bien ou en mal, mais parlez de moi ! »

 

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