Critique de Hors-Normes d’Olivier Nakache & Eric Toledano

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-Hors Normes d’Olivier Nakache & Eric Toledano, avec Vincent Cassel, Reda Kateb, Hélène Vincent… (France ; sorti le 23 octobre 2019) ***

L’émotion au détriment de la vista habituelle du duo Nakache-Toledano

Bruno et Malik vivent depuis 20 ans dans un monde à part, celui des enfants et adolescents autistes. Au sein de leurs deux associations respectives, ils forment des jeunes issus des quartiers difficiles pour encadrer ces cas qualifiés « d’hyper complexes ». Une alliance hors du commun pour des personnalités hors normes.

C’est entendu, la paire Nakacho/Toledano a un don de narration plutôt rare dans le cinéma français, cette capacité à transcender une histoire simple, à gérer de multiples sous-intrigues pour aboutir à des films-chorales assez jouissifs. Le précédent en date, Le Sens de la Fête avait tiré son épingle du jeu par sa parfaite mécanique, prompte à ringardiser les anciens as de la comédie que furent Francis Veber ou Etienne Chatiliez. Ils ont en quelque sorte « inventé » le cinéma social apte à réconcilier les dimensions populaire et auteur. Alors, quid de ce nouvel opus qui plaçait – comme Intouchables – la marginalité en thème majeur ? On en ressort aussi bouleversé sur le fond que mitigé sur la forme. Le récit creuse parfaitement le problème autour de ces enfants autistes que « plus personne ne veut », mais ne l’imprègne pas d’une dynamique scénaristique réelle. Peu ou pas d’enjeux transversaux, pas de réelle surprise à l’horizon, au bénéfice d’une cohérence et d’un traitement frisant le documentaire. Si c’était le but recherché, la réussite est totale.

On accroche directement aux vertus de ces travailleurs sociaux, grâce à un investissement d’acteurs, iconique pour l’un (Vincent Cassell), star en devenir pour l’autre (Reda Kateb) qui nous font oublier leur passé glorieux pour mieux laisser émerger leurs personnages. Avec le recul, l’incarnation par Cassell d’un papa-poule associatif, 25 ans après La Haine, semble une façon de boucler la boucle. Le premier tiers du film est assez déstabilisant, nous laissant comprendre assez vite qu’on va nettement moins rire que de coutume. Et c’est ici qu’on pourra esquisser le principal reproche : à quoi bon avoir constituer une troupe d’acteurs aussi large pour leur donner des miettes de composition ? Habitué des rôles secondaires, Alban Ivanov crève souvent l’écran en l’espace de quelques mimiques et dialogues. Dans les habits d’un rabbin discret, il n’a pas ici de quoi laisser parler sa folie douce. Idem pour les différents jeunes de banlieue, n’allant pas au-delà des utilités, à l’image d’une sous-intrigue amoureuse inaboutie. Les amateurs de travail bien fait insisteront plutôt sur l’esthétique soignée, sur les variations de climat habilement enchaînées, sur le rendu extrêmement mâture et réaliste. Bref, si vous êtes amateurs des précédents films signés de Nakache/Toledano, ne vous braquez pas quant à ce virage entrepris vers un aspect plus réel. Reste à savoir si ils prolongeront la perception dans le temps ou reviendront à de plus franches comédies…