Critique de Sorry we Missed you de Ken Loach

-Sorry we Missed you de Ken Loach, avec Kris Hitchen, Debbie Honeywood, Rhys Stone… (Angleterre/Belgique/France ; sorti le 23 octobre 2019) ***

Un Loach dénué du moindre espoir

Ricky, Abby et leurs deux enfants vivent à Newcastle. Leur famille est soudée et les parents travaillent dur. Alors qu’Abby travaille avec dévouement pour des personnes âgées à domicile, Ricky enchaîne les jobs mal payés ; ils réalisent que jamais ils ne pourront devenir indépendants ni propriétaires de leur maison. C’est maintenant ou jamais ! Une réelle opportunité semble leur être offerte par la révolution numérique : Abby vend alors sa voiture pour que Ricky puisse acheter une camionnette afin de devenir chauffeur-livreur à son compte. Mais les dérives de ce nouveau monde moderne auront des répercussions majeures sur toute la famille…

C’est toujours avec le même nœud au ventre que l’on sort d’une projection d’un film de Ken Loach. Au crépuscule d’une riche carrière placée sous le sceau du combat social, le Britannique demeure sans concessions autant que sans illusions sur le devenir de notre société. Ce travailleur des temps modernes, pseudo-autoentrepreneur, mais surtout corvéable à merci, est la conséquence de toutes les métamorphoses du marché du travail, déjà déplorées dans The Navigators ou It’s a free world. Là où une porte de sortie ou une moindre éclaircie était perceptible autrefois, ses protagonistes vont cette fois-ci directement dans l’impasse. Ce chauffeur-livreur, comme sa femme aide à domicile tout aussi précaire, tandis que leurs enfants peinent à s’identifier aux modèles proposés. Nous ressentons leur oppression à chaque instant, symbolisé notamment par le timing implacable des livraisons et cette fameuse exigence moderne : la « traçabilité », prétexte à la déshumanisation.

Pas besoin d’être engagé politiquement pour apprécier la pertinence du propos, et cette spirale infernale précarité/endettement/esclavagisme moderne. La sphère du monde professionnel envahit l’intime pour broyer un peu plus cette famille sur la corde raide. Loach dépeint une Angleterre froide, divisée, des lieux dénués de couleurs ou de verdure, des consommateurs insatiables sur lesquels se referme le piège d’un mode de vie sans proximité. On effleure néanmoins un brin de solidarité dans ce milieu ouvrier que des éminences supérieure voudrait faire imploser. Aux rares scènes de complicité (père-fille essentiellement) se succèdent des séquences de violence, psychologique voire physique. Comme si toute la meilleure volonté individuelle ne pourrait jamais suffir à résister à une machine à broyer. Nous sommes sans cesse happés, bousculés, en recherche d’oxygène, dans une empathie totale avec ce couple en mode survie. Assurément pas un film de chevet que l’on reverrait avec plaisir, mais une œuvre utile de plus venant d’un lanceur d’alerte en fin de piste.

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