Critique de Adults in the Room de Constantin Costa-Gavras

-Adults in the Room de Constantin Costa-Gavras, avec Christos Loulis, Alexandros Bourdoumis, Ulrich Tukur… (France/Grèce ; sorti le 6 novembre 2019) **1/2

 

Une attaque pertinente mais trop clinique envers l’Union Européenne

Après 7 années de crise le pays est au bord du gouffre. Des élections, un souffle nouveau et deux hommes qui vont incarner l’espoir de sauver leur pays de l’emprise qu’il subit. Nommé par Alexis, Yanis va mener un combat sans merci dans les coulisses occultes et entre les portes closes du pouvoir européen. Là où l’arbitraire de l’austérité imposée prime sur l’humanité et la compassion. Là où vont se mettre en place des moyens de pression pour diviser les deux hommes. Là où se joue la destinée de leur peuple. Une tragédie grecque des temps modernes.

Qui de meilleur que Constantin Costa-Gavras, cinéaste franco-grec au CV impressionnant, pour nous replonger dans la tragédie politico-sociale connue par la Grèce cette dernière décennie ? En adaptant fidèlement le livre de Yanis Varoufakis, il annonce la couleur et le parti-pris de son propos. De fait, il nous donne à voir une exposition très fournie des mécanismes institutionnels de l’Union Européenne, des multiples rouages et chausses-trappes, des doubles discours et coups bas. Plutôt virtuose dans sa première phase, le film s’enfonce par la suite dans sa répétitivité et nous perd en chemin. L’emphase mise sur le rôle de l’Allemagne en mère fouettarde manque particulièrement de finesse. Sans doute l’erreur commise ici : avoir laissé l’affectif prendre le dessus.

Ne boudons pas notre plaisir pour autant, car l’occasion d’assister à une fresque politique au cinéma est trop rare. Ainsi vaut-il la peine de s’accrocher pour comprendre certaines démonstrations économiques des deux camps : austérité contre stratégie de relance, remboursement immédiat contre autre porte de sortie. Les étudiants ou bacheliers ES y verront l’occasion de réviser leurs grands (néo) classiques ! Et finalement, si le long-métrage est si bavard, limite indigeste par séquences (la danse des premiers ministres pour enrôler Tsipras), il n’en fait que mieux ressentir l’oppression subie par les représentants grecs. Retenons notamment la superbe scène métaphorique du peuple venant demander des comptes à son élu à la terrasse d’un café. L’immersion dans cet univers bureaucratique complexe est parfaitement rendue, en dépit des différentes stagnations et d’une certaine langueur. Un opus digne d’intérêt pour l’auteur des mythiques Z et L’Aveu.

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