Critique de Le Mans 66 de James Mangold

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-Le Mans 66 de James Mangold, avec Matt Damon, Christian Bale, Caitriona Balfe… (USA ; sorti le 13 novembre 2019) ***1/2

Une mécanique bien huilée

Basé sur une histoire vraie, le film suit une équipe d’excentriques ingénieurs américains menés par le visionnaire Carroll Shelby et son pilote britannique Ken Miles, qui sont envoyés par Henry Ford II pour construire à partir de rien une nouvelle automobile qui doit détrôner la Ferrari à la compétition du Mans de 1966.

Sans aucun doute l’une des plus belles surprises cinématographiques de l’année 2019. Au-delà d’un film destiné aux amateurs de grosses voitures, une histoire d’hommes au cœur d’une rivalité sportive. Soulignons en préambule la pertinence du titre original Ford vs Ferrari, tandis que celui choisi pour la distribution française s’avère trop réducteur. Le récit s’attarde aussi bien sur la conception d’une voiture de course emblématique que sur l’amitié forte des deux hommes, un lien indéfectible entre un stratège et un feu follet. La compétition finale sera ainsi davantage marquée par leur relation de confiance que par le résultat brut. Nous sommes clairement dans un anti-Fast and Furious, davantage familier avec des standards du cinéma d’automobile (Bullitt avec Steve McQueen, Jours de Tonnerre avec Tom Cruise).

Le film a beau durer 2h30, il file à toute allure avec une grande limpidité de narration. L’histoire couvre seulement trois ans, mais trouve moyen de faire écho à la création des usines Ford comme au devenir de l’entreprise. La mise en scène est brillante, nous plaçant souvent en immersion avec le pilote exalté Miles (Christian Bale), génie empathique. De même est bien retranscrite la cellule familiale entourant le rôle principal, contribuant à l’humaniser un peu plus. Le retour en force du réalisateur James Mangold (révélé par le touchant Copland en 1997) se confirme deux ans après Logan. Le voilà de nouveau capable d’alterner grandiloquence et séquences intimistes. Soulignons enfin le refus de la facilité qui aurait consisté à recycler abusivement des images d’archives. Tout en respectant scrupuleusement les faits, le récit cale dessus ses propres intentions, sa propre créativité. Ce qui aboutit à un objet filmique rare, capable de combler les amateurs des circuits automobiles comme les amateurs de narration bien ficelée.