Critique de Judy de Rupert Good

-Judy de Rupert Good, avec Renée Zellweger, Jessie Buckley, Finn Wiltrock… (Angleterre ; sortira le 26 février 2010) ***

Bouleversant et inspiré biopic

Hiver 1968. La légendaire Judy Garland débarque à Londres pour se produire à guichets fermés au Talk of the Town. Cela fait trente ans déjà qu’elle est devenue une star planétaire grâce au Magicien d’Oz. Judy a débuté son travail d’artiste à l’âge de deux ans, cela fait maintenant plus de quatre décennies qu’elle chante pour gagner sa vie. Elle est épuisée. Alors qu’elle se prépare pour le spectacle, qu’elle se bat avec son agent, charme les musiciens et évoque ses souvenirs entre amis ; sa vivacité et sa générosité séduisent son entourage. Hantée par une enfance sacrifiée pour Hollywood, elle aspire à rentrer chez elle et à consacrer du temps à ses enfants. Aura-t-elle seulement la force d’aller de l’avant ?

Comment aborder ce biopic autrement que sous le prisme du mouvement « Me too » ? Inspiré ou non par cette dénonciation des pratiques peu académiques de l’empire hollywoodien, le film de Rupert Good prend le parti de nous montrer Judy Garland aux deux extrêmes de sa vie. D’abord enfant-star dépouillé de sa naïveté par une industrie cinématographique broyeuse, puis artiste de music-hall en fin de parcours. Au lieu d’un récit linéaire développant chaque étape de la carrière de l’actrice/chanteuse, le pari consiste à effectuer des allers-retours entre ces deux moments phares. Il s’agit bien entendu d’établir des correspondances entre les deux époques, des incidences de l’une sur l’autre, d’ouvrir des pistes de réflexion : mauvaise mère car elle-même jetée aux « fauves » prématurément ? Croqueuse d’hommes car victime d’un traumatisme originel ? Exagérément exaltée car prématurément bridée ?

Si elle n’est pas abordée de manière explicite, l’agression sexuelle par un grand bonnet des studios (quitte à ce qu’il prenne l’aspect d’un Harvey Weinstein 1.0) est maintes fois suggérée. Ces séquences très malsaines trouvent un écho dans cet ultime tour de piste scénique mal maîtrisé. Figure de proue du projet, Renée Zellweger signe enfin son grand retour dans un rôle majeur. Tantôt pathétique, tantôt charmeuse, toujours bouleversante, elle rend grâce à la dualité du personnage. À noter que l’actrice a réellement interprété toutes les chansons présentes dans le script. La mise en scène n’a rien de bluffante en soi, elle sait en revanche se mettre au service de son sujet. Les décors et costumes se chargent de retranscrire au mieux la fin des années 1960 tandis que la partie oppressante sur le tournage du Magicien d’Oz confère au rêve devenant cauchemar. Une expérience qui ne vous dira pas tout de Judy Garland, mais affolera votre imaginaire.

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