Critique de Play d’Anthony Marciano

-Play d’Anthony Marciano, avec Max Boublil, Alice Isaaz, Malik Zidi… (France ; sorti le 1er janvier 2020) ****

Une expérience de cinéma qui fera date

En 1993, Max a 13 ans quand on lui offre sa première caméra. Pendant 25 ans, il ne s’arrêtera pas de filmer. La bande de potes, les amours, les succès, les échecs. Des années 1990 aux années 2010, c’est le portrait de toute une génération qui se dessine à travers son objectif.

L’expression est un peu éculée certes, mais on ne s’empêchera pas de l’utiliser : il y aura un avant et un après Play. Car ce qui s’avère la première pépite de l’année 2020 (forcément, en sortant le 1er janvier) consiste en un défi audacieux : enchaîner des tranches de vie sur plusieurs décennies du point de vue d’un caméscope tenu par son ou ses personnages. Autrement dit réaliser un film professionnel revendiquant abriter un film amateur. Nous sommes bien loin du buzz constitué en son temps par le film d’horreur Le projet Blair Witch (1999),davantage proche de l’autoportrait-documentaire Tarnation de Jonathan Caouette (2003). Ce jeune américain avait surpris en révélant sans ambages son adolescence compliquée au sein d’une famille dysfonctionnelle. Anthony Marciano s’est sans doute nourri de cette première tentative pour aller plus loin : créer une fiction qui parlera à toute une génération, dépassant aisément son fil rouge amoureux entre deux amis d’enfance.

L’efficacité de la forme est au service du fond qui gagne en épaisseur au fil du récit. De la simple existence d’un adolescent des années 1990 émerge les transformations d’une société et d’un pays. Dialogues, situations, jeux de regards, tout sonne vrai dans cette entreprise de fiction. En donnant parfois la caméra à d’autres protagonistes que l’interprète principal, le scénario se pare même d’une certaine habileté, se rend supérieur au strict exercice de style. Nous voilà à la fois devant une comédie ultra-efficace et une biographie mélancolique. S’il fallait regretter quelque chose, ce serait l’absence de certains moments historiques du montage final. Le réalisateur a ainsi reconnu en interview avoir à l’origine intégrer les événements du 11 septembre 2001 ou la tragique soirée du 13 novembre 2015. Par peur de ne pouvoir aboutir au happy end, il prive son œuvre d’une portée plus importante encore. Le temps dira si cette anthologie d’une époque deviendra une pièce rare réservée aux initiés ou une véritable fresque populaire.

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