SAEZ : Cohérence et (légère) redondance – Chronique de l’album Ni Dieu Ni Maître (Le Manifeste 2016-2019)

Marginalisé Damien Saez ? Depuis 2008, le Savoyard maintient une cadence de publication hallucinante, loin des phares médiatiques, mais doté d’une armada de fans fidèles. Et ce très politique quadruple album devrait asseoir son statut d’artiste-étendard.

Pièce finale (a priori) de son projet de « Manifeste » entamé en 2016, cet opus contient 24 titres inédits et quinze chansons présentes sur les trois volets précédents. Le premier CD se distingue par sa charge féroce envers l’actuel président de la république française (Manu dans l’cul, Camarade président) et pourrait aisément devenir la bande-son des prochaines manifestations sociales (quand elles seront autorisées). Par la suite, il s’agit autant d’odes à la liberté qu’exhortations au retour à une culture non-marchande et aux valeurs essentielles. Ainsi tire-t-on à boulets rouges sur la technologie et ses usages superficiels, le nombrilisme contemporain, le féminisme haineux ou la tendance à se conformer à l’inique. La virulence prend la forme de balades minimalistes « à la Brel » où domine la voix sur l’orchestration (Libre, L’enfant de France, La province) ou au déferlement viril prenant valeur d’un crochet asséné dans l’abdomen (Liberté, Germaine).

Ainsi Saez se confirme bien comme le Renaud de sa génération, y compris quand il opte sur le troisième CD pour de vibrants hommages (La dame en feu sur l’incendie de Notre-Dame ou Jojo concernant Johnny Hallyday). Cette galette est de loin la plus romantique de l’ensemble avec les formidables déclarations d’amour À tes côtés (l’illusion de la complicité éternelle) et Ma vieille (pour une mère atteinte d’alzheimer). L’idéalisme politique revient en force dans un ultime CD dominé par les compositions au piano (Mandela). Notons également des virages théâtraux plus ou moins réussis (Petrushka, La Maria) au milieu d’une douceur apaisante. Cet exercice périlleux (39 pistes, soit près de 4h au cumulé) est une nouvelle fois franchi avec panache par cet écorché vif désarçonnant, déjà auteur d’un double et de trois triples albums.

Vingt ans après Jeune et con, force est de constater qu’il est allé bien au-delà du potentiel supposé alors. Reste le problème de la forme qui continuera à rebuter une frange d’auditeurs. Ni purement rock, ni tenant de la variété française de qualité (dans laquelle il puise néanmoins), féru du procédé de l’anaphore cher au « J’accuse » de Zola, l’auteur peut irriter par un certain systématisme d’écriture et ses tics de diction. Un défaut n’enlevant rien à sa pertinence. Aussi sommes-nous impatients de connaître ses futures analyses face aux crises actuelles. Que dira Saez des événements sanitaires et sociaux dans son prochain opus ? Gageons que l’inspiration sera au rendez-vous pour notre plus grande délectation.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s