Lettre ouverte au groupe Indochine et à ses fans

Concert-test du 29 mai 2021 à l’Accor Hotels Arena de Paris

« Nous on veut vivre, vivre, vivre…un peu plus fort ! »

Marilyn, album Paradize

« On deviendra ces divisions de la joie, on restera des armées de sang-froid, et tu verras la beauté de nos choix, et on sera crucifiés nos bras en croix. »

Manifesto, album Dancetaria

« Résonne, qui entend les cloches qui sonnent ? À nous aussi, on détruira nos envies. Mais aussi, nous on restera fiers et droits. »

Republika, album La République des Météors

« Là, oui nous sommes en vie, comme tous ceux de nos âges. Oui nous sommes le bruit, comme des garçons en colère. »

College boy, album Black City Parade

Mon rapport au groupe et à la « crise sanitaire »

Ces quelques citations placées en préambule, issues de chansons du groupe dont il est question dans ce courrier, ne parleront peut-être pas à l’ensemble des lecteurs. Elles sont cependant essentielles pour situer mon positionnement dans l’affaire qui nous préoccupe. Je suis un fan de longue date d’Indochine, d’abord bercé à la tendre enfance par les sonorités synth/pop années 1980 dont mon père était adepte. Plus tard, soit environ à la fin des années 1990, j’ai redécouvert la formation, telle qu’elle était devenue, à savoir son identité rock plus prononcée. Ceci venant en totale adéquation avec le courant musical ayant gagné ma préférence à l’adolescence. Je n’ai que rarement été déçu par le groupe par la suite.

C’est donc d’abord en tant que fan (de leur son, mais aussi des valeurs de liberté et de tolérance prônées dans leurs chansons) que j’exprime ici mon grand étonnement de voir cette formation collaborer à cet étrange concert/test voulu par le gouvernement.

Je précise également être membre de plusieurs groupes incitant à la réflexion, la défiance voire l’activisme (choisissez votre mention préférée) concernant les mesures liberticides imposées aux Français depuis plus d’un an. Je suis en totale tranquillité d’esprit quant à mes engagements, convaincu que dans un débat la Vérité se situe souvent entre les différents points de vue. Or, depuis un an, tout son de cloche alternatif à la pensée gouvernementale est aussitôt taxé de complotisme, sans même besoin d’avancer des arguments factuels. Je vais donc tenter d’aller à contre-courant de cette tendance et expliquer en quoi ce « concert » me semble une ineptie.

Discriminations assumées

À présent mes « conflits d’intérêts » posés (si seulement les docteurs médiatiques pouvaient en faire autant), étudions au plus près les mécanismes propres à l’organisation de cette soirée du 29 mai et les buts recherchés plus ou moins officiellement derrière.

Un concert-test ? Après tout, l’idée pouvait être séduisante sur le papier : rassembler du public dans un grand espace fermé, étudier les éventuelles contaminations survenues les jours suivants et, en fonction des résultats, autoriser tous les événements du même type à se dérouler. Je peux comprendre que le groupe amoureux de la liberté qu’est Indochine ait été partisan de figurer au programme.

Le diable, comme toujours, est dans les détails. Le premier (pas des moindres) concerne la classe d’âge autorisée à concourir aux festivités.

Les présences de quatre ou cinq générations de spectateurs caractérise en temps normal les concerts d’Indochine. Cette fois, seuls les 18 à 45 ans, habitants Paris ou l’Ile-de-France, sont invités à postuler. Oui, pas à acheter leurs places et venir, à postuler ! Il faut non seulement se situer dans cette tranche d’âge, mais aussi ne pas avoir présenté de symptômes récents du Covid (on sait la palette de ceux-ci extrêmement large) ou même avoir côtoyé une personne infectée dans la quinzaine précédant la date.

L’ancien palais omnisports de Bercy sera bien loin de sa capacité pour ce simulacre de concert.

Il faut également, et c’est plus grave encore, ne pas présenter de comorbidités ou facteurs de risque de forme grave, ni même vivre avec une personne en présentant.

Dit de manière plus triviale cela revient à ces conclusions : Tu es gros, tu rentres pas ! Tu es asthmatique, tu rentres pas ! Tu es vieux ou de retour d’une maladie grave, fuis loin d’ici ! Trop mince, trop petit, trop blond pourquoi pas à l’avenir…

Comment accepter de telles discriminations pour une soirée se voulant festive ? Comment arguer du risque sanitaire et le placer au-dessus des libertés individuelles ? Qui vous dit qu’une personne de 80 ans ne préférerait-t-elle pas prendre le risque de mourir un soir de concert d’un groupe apprécié ? Surtout au moment où on lui impose pour alternative de vivre en demi-teinte sous prétexte d’éviter de mourir ?

Nous mesurons aujourd’hui, avec le recul nécessaire, les catastrophes induites par cette logique mortifère dans nos foyers, ehpad et maisons de retraite. L’enfermement et le manque d’activité physique accélèrent les infections d’individus plus qu’ils ne les en préservent.

Autrement dit, il s’agit d’un véritable casting auquel se prêteront en amont les candidats au concert. Soit la garantie d’un résultat biaisé à la source par son énoncé restrictif. Si des infections surviennent parmi les participants, on aura tout loisir d’interdire tous les concerts. Si rien de significatif ressort au niveau des contaminations, on calera ces mêmes restrictions pour d’autres événements. Or tous les artistes n’attirent pas les mêmes catégories d’âge, ni ne se produisent dans des conditions comparables.

Test d’obéissance aveugle avant tout ?

Puissent seulement les heureux sélectionnés se rendre jusqu’au pied de la scène de l’Accor Hotel Arena de Paris sans autres contraintes…Loin de là. Au mépris de leur négativité au virus, et du viol consenti du secret médical auquel ils se prêteront, ils seront aussi enjoints de porter un masque chirurgical au-dessus du nez pendant toute la durée du concert. Pour avoir été dans plusieurs concerts d’Indochine, le public de la fosse aime bien chanter, se bousculer, se serrer, bref vivre l’instant. Comment prétendre donner une valeur de retour à la normale à ce test ? Gageons que si le ridicule tuait, il aurait décimé bien davantage que le Covid.

Cette mascarade, annoncée à grand renfort de propagande ministérielle (Roselyne Bachelot serait en panique devant la faible mobilisation du public), n’a donc aucune chance de servir de mètre-étalon à de futures festivités. Il s’agit d’un rapport perdant-perdant pour toutes les parties concernées. Le public présent d’abord, qui sera limité dans ses mouvements et son expression, et sera témoin d’un simulacre de show. L’État, qui aura investi des fortes sommes pour mettre en place le dispositif et se trouvera face à des résultats pouvant être interprétés à l’envie au vu de la non-ressemblance avec de VRAIS concerts. Le groupe, enfin, qui aura été utilisé comme épouvantail des masses de par son identité populaire (idiot utile diront les plus sévères), acceptant de se produire dans un contexte bien loin de ses standards.

Depuis plus de deux mois, le Texas organise des evenements sportifs dans des salles combles, sans restrictions….et sans connaître de pic de mortalité par la suite. Ici à Houston le 16 mai dernier pour un gala de boxe.

Un concert d’Indochine, et j’en ai fais quelques-uns, c’est au bas mot deux heures à deux heures et demi d’adrénaline constante, de montée de sueur, d’échanges complices avec ses voisins dans la salle, de lâcher prise complet.

L’expérience sociale ubuesque proposée ce 29 mai se situe aux antipodes. En fait de premier pas au retour à la liberté artistique, elle s’apparente davantage à un test d’obéissance aveugle destiné à des masses frustrées. Jusqu’où sommes-nous capables d’aller pour retrouver un ersatz de goût, même faisandé, de nos joies d’hier ? À nous plier à de véritables mesures dictatoriales pour un brin de liberté illusoire ? À nous astreindre à se museler pour des promesses de lendemains qui chantent ?

J’invite les membres du groupe Indochine à dénoncer cette mise en scène d’État et ses fans de la région parisienne à boycotter cette soirée du 29 mai. Il est encore temps d’affirmer sa fierté et ne pas se satisfaire d’être des pions sur l’échiquier des puissants.

Émilien Bartoli, simple citoyen et simple fan.

« Mais quand tu te réveilleras, je t’emporterai dans mes bras. Mais moi je suis fier de toi, oui moi je suis fier de toi. Et de tout ce que tu vas faire, même de rien d’extraordinaire. Et bientôt tu verras, et bientôt tu sauras…que personne ne te remplacera, montre-moi quand tu reviendras »

Comateen I (Paradize)

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